Identité: La Corse
Le premier des grands peuples historiquesà venir s'établir en Corse fut celui des Phocéens.
Guidé par des considérations stratégiques, Rome s'intéresse à la Corse. Elle ne peut en effet laisser tomber cette île, qui lui fait face, aux mains des Carthagénois. En 259 av JC, Rome conquiert la Corse et l'occupe pendant sept siècles.
Economiquement, la Corse vit en autarcie. Le régime agricole est celui des grandes propriétés où l'on cultive le blé, la vigne et l'olivier. De grands troupeaux d'ovins et de bovins assurent l'approvisionnement en viande, avec les produits de la mer.
Les forêts corses, riches en essences diverses, servent pour la construction des bâtiments et des navires, et pour l'ébénisterie. Le liège corse est utilisé pour les bouchons d'amphores.
Le christianisme apparaît très tôt en Corse : dès la fin du IIe siècle, avec ses martyrs telle sainte Dévote, (voir page 13) jeune fille d'Aléria, chrétienne depuis l'enfance, fouettée à mort en 202, et qui deviendra patronne de la Corse en 1920.
Mais au IVe siècle, lors de la décadence de Rome, la Corse est livrée sans défense aux pirates. Peu à peu, l'île se dépeuple. Les Vandales l’occupent, puis les Byzantins, ensuite les Ostrogoths et de nouveau les Byzantins pendant deux siècles.
Les invasions barbares ruinent les réseaux d'échanges par terre et par mer. C'est la décadence des exploitations agricoles et industrielles.
Les populations côtières fuient vers l'intérieur des terres afin d'échapper aux invasions.
Devant la menace des Lombards, les papes se tournent vers les Francs. Pépin le Bref, en échange de son sacrement de roi par le pape Zacharie, promet la restitution de la péninsule italienne et des îles de la Corse, de la Sardaigne et de la Sicile au pape.
La Corse s'inquiète d'une nouvelle menace : les Maures (Mori) devenus récemment musulmans.
L’île subit un raid des Maures tous les ans de 806 à 813. En 828, le comte Boniface est nommé protecteur de la Corse par le Pape, et transmet ce titre à ses fils.
Les Pisans, pour protéger leurs comptoirs des raids maures, s'allient avec les Génois, à l'initiative du Pape, en vue de conquérir la Corse.
Bâtisseurs, les Pisans construisent de nombreuses chapelles et églises romanes dont la cathédrale de Mariana (Lucciana) en 1119.
PISANS ET GENOIS
De 1284 à 1289, les seigneurs font allégeance, les uns après les autres, à Gênes.
Cette ville est une république au sein de laquelle règne la plus grande anarchie. Cette société capitaliste à outrance est le siège de rivalités sans fin entre les grandes familles.
La France, en guerre contre les Hasbourg de Charles Quint, considère la Corse comme une île d'un haut intérêt stratégique, à cheval entre l'Espagne et l'Italie. En 1553, elle envahit la Corse avec l'aide de mercenaires locaux menés par Sampierro Corso, originaire de Bastelica.
L'île entière est soumise, à l'exception de Calvi, puis de Bastia, jusqu'au traité de Cateau-Cambresis entre les Hasbourg et les Français, qui restitue la Corse à Gênes en 1559.
RENOUVEAU RELIGIEUX,
VENDETTA ET PASCAL PAOLI
L'Eglise connaît un renouveau avec la construction d'églises baroques et l'enracinement du clergé. En raison de l'éloignement de la justice génoise et des défaillances de son application, la vendetta fait son apparition et devient la principale cause de mortalité. En Corse, les vendettas seront plus durables, et donc plus meurtrières que dans d'autres pays, précisément parce qu'on ne pouvait pas mettre fin aux hostilités par le simple paiement d'une amende. La vendetta peut durer jusqu'à la 7ème génération.
Pascal Paoli (voir ci-contre) débarque le 29 avril 1755 à Aléria et est élu “Général de la Nation” le 14 juillet 1755. Paoli n'est pas accueilli comme un homme providentiel par tous les Corses et devra affronter durement pendant deux ans les Matra, héritiers de Gaffori, et leur partisans, avant de s'imposer sur toute l'île hormis les villes côtières génoises.
En novembre 1755, Paoli fait voter la constitution nationale corse à la consulte de Corte. Cette constitution, extrêmement moderne, instaure une justice et un gouvernement représentatif et établit la séparation des pouvoirs et fait l'admiration de l'Europe des lumières dont, surtout, Jean-Jacques Rousseau...
Paoli choisit Corte comme capitale de son “gouvernement de la nation corse”.
Le drapeau national corse, avec la tête de Maure, est adopté en 1760 en remplacement de l'Immaculée Conception de la Vierge.
Par le traité de Versailles du 15 mai 1768, Gênes cède la souveraineté de la Corse à la France pour dix ans en gage d'une dette annuelle.
A Ajaccio en 1769 : naissance de Napoléon Bonaparte.
La même année, la Corse est placée sous statut de Pays d'Etats.
Le roi est représenté par le gouverneur et l'intendant des troupes du roi. Les anciens statuts civils sont remplacés par le Code Corse.
L'ordre de la noblesse est créé; des titres sont accordés à plus de 80 familles dont les Bonaparte. Au cours du XIXe siècle, les bandits d'honneur apparaissent et la vendetta régresse. Le tourisme se développe à partir de 1860 avec les visiteurs britanniques et allemands.
La guerre de 1914-1918 entraîne la perte de 20 000 Corses. En 1938 et 1939, des manifestations populaires contre l'irrédentisme expriment l'attachement des Corses à la France.
Entre 1962 et 1968, quinze à vingt mille rapatriés d'Afrique du Nord s'installent dans l'île et pratiquent la viticulture et l'arboriculture de production. Ils bénéficient d'importantes aides financières et voient, rapidement, leurs affaires prospérer.
Dans les année 1970, nait le séparatisme corse, faussement appelé “nationalisme”, et revendiqué par une minorité d’excités. Le 6 février 1998, le préfet Erignac est assassiné. En en 1999, le préfet Bonnet est discrédité par l'affaire de l'incendie de la paillote "chez Francis".
En août 2000, le premier ministre Lionel Jospin propose un nouveau statut pour la Corse, connu sous le nom de processus de Matignon, qui est voté par l'Assemblée nationale le 4 décembre 2001.
SAINTES DÉVOTIONS
La Corse est profondément chrétienne, très tôt dans l'Histoire elle s'est placée sous la protection de la très Sainte Vierge Marie (voir page 12, l’hymne corse).
Tous les Corses sont catholiques, même s'ils ne sont pas tous pratiquants. Les saints ont une importance particulière chez les Corses et aussi dans les villages.
Sainte Dévote, Vierge et martyre, patronne principale de la Corse, martyrisée au IIIe siècle à Mariana, près de Quercio, le lieu attribué à sa naissance par la Tradition.
Saint Antoine est le patron de beaucoup de villages.
Saint Erasme, Evêque et martyr, patron du diocèse d'Ajaccio, un des sept évêques qui auraient été ordonnés par les apôtres Pierre et Paul et envoyé porter l'Evangile en Espagne. Son nom est lié à la Corse : on peut admettre qu'il fit une escale dans l'actuel site d'Ajaccio, alors relais connu entre l'Italie et l'Espagne. Il aurait été, pendant un court séjour, le premier propagateur de la foi chrétienne dans la région.
Sainte Restitude, Vierge et martyre , patronne de Calenzana et de la Balagne, est honorée depuis le IVe siècle par les habitants de Calenzana.
Sa fête est célébrée le 21 Mai, dans le sanctuaire proche de Calenzana, où son sarcophage a été mis à jour en 1951.
Les confréries ont conservé les chants traditionnels, et ces derniers ont influencé les chants polyphoniques.
Les confrères ont toujours un rôle important en Corse, notamment pour la veillée des morts et pour les enterrements, où ils portent le cercueil.
De spectaculaires processions ont lieu en Corse la Semaine Sainte pour commémorer la Cène, la Passion et la Résurrection avec des cortèges de pénitents.
Lors des processions, les confréries font appel à des pénitents qui représentent tous les humains et portent leurs péchés. Ils sont cagoulés pour masquer leur identité et rester humbles. Ils peuvent attendre pendant plusieurs années d'être acceptés comme pénitent.
Sampiero “Corso” 1498-1567
Né dans un hameau de la commune de Bastelica, le grand chef corse débuta très jeune dans la carrière des armes, servant un condottière de la famille des Médicis, puis la Couronne de France.
Il se battit aux côtés de Bayard, fut nommé colonel général des Gardes Corses par François 1er, et épousa en 1545 une jeune noble insulaire, Vannina d'Ornano (il avait 47 ans, elle en avait 15).
Craignant sa popularité, les Génois l'emprisonnèrent et l'humilièrent, provoquant sa haine farouche.
Libéré sur l'intervention d'Henri II, Sampiero participa à l'intervention française de 1553 (Début de la Guerre de Corse) contre les forces de Gênes implantées en Corse, rallia de nombreux leaders insulaires et passa pour le libérateur de la patrie.
Les troupes franco-corses subirent divers revers.
Sampiero fut rappelé en France par le roi (1555) après s'être opposé au maréchal de Thermes, qui commandait l'expédition.
Il revint bientôt, ramenant l'espoir. La guerre traîna, la France lâcha la Corse, qui avait pourtant été incorporée à la Couronne.
Nommé gouverneur d'Aix-en-Provence en 1560, Sampiero garda le contact avec l'île et y entretint l'agitation antigénoise.
Il tua sa femme (en l’étranglant...) à Marseille en 1563, revint en Corse en 1564 et entreprit son ultime combat.
Il fut assassiné le 17 janvier 1567 par des compatriotes, séïdes de Gênes et parents de Vannina.
Bruno A.