Laïcité et relativisme
On dirait bien qu'un mot du socialiste convaincu que fut Anatole France a été érigé en véritable règle de vie, et imposé à l'ensemble de nos concitoyens : "Ainsi convient-il de fonder l'ordre public sur la diversité des opinions, et non de chercher à l'établir sur le consentement de tous à une même croyance."
Certes, mais ce relativisme est lui-même devenu, à présent, une croyance commune : cette croyance a pour noms "laïcité", "droits de l'homme", et jamais dogme ne fut plus exigeant quant au respect de ses lois, semblant compenser ses faiblesses, ses tares intrinsèques, par une redoutable sévérité envers les insensés qui dérogeraient à ses règles.
De fait, force est de constater que les ennemis de la Foi, au nom de la toute-puissance de l'Humain, n'ont jamais été aussi déterminés à ôter définitivement tout sentiment religieux fort de l'esprit public, malgré un obstacle invincible : sur une terre aussi catholique que la France, nulle société fondée sur ce relativisme triomphant ne saurait s'élever sur des bases saines, sans être promise à un effondrement des plus destructeurs.
Devant une telle évidence, Robespierre l'avait compris, tout l'intérêt de la République n'est pas de se déclarer effrontément athée, non, mais de s'avouer modestement agnostique ; d'ailleurs, à de rares exceptions près - notamment les grandes affaires du début du vingtième siècle, brillamment relayées par l'Action Française - le combat ouvert contre la Foi n'a jamais été son fait. L'Etat ne dit pas que Dieu n'existe pas, mais il se refuse à reconnaître qu'il n'y a qu'un seul vrai Dieu et une seule façon de L'adorer. C'est cela, la laïcité… Et c'est bien pire qu'une bataille rangée.
La France ne dit plus que l'Eglise de Notre-Seigneur, qu'elle était chargée par Dieu de protéger, détient la seule vraie Foi. Ce qui est grave si l'on s'en réfère à l'avertissement donné par Saint Rémi à Clovis, et fournit ipso facto le moyen de comprendre l'état actuel de la France et pourquoi les choses ne risquent pas de s'arranger de sitôt, malgré tous les référendums, lois et élections possibles : comment soigner un mal dont on s'obstine à ignorer l'origine ? Pour nos prétendues élites, le reniement de la France n'est pas un problème, ni même, à tout prendre, un reniement: tout juste s'est-on débarrassé de quelques superstitions encombrantes dont la société moderne n'a plus que faire, éclairée comme elle est !
Dans ces conditions, ô combien est-il douloureux de constater que ce libéralisme agnostique (à qui il arrive parfois de se piquer de politesse à l'endroit de l'Eglise), mortellement dangereux pour les catholiques, se met à gagner nombre d'entre eux, clercs ou laïcs - qui pourtant, gageons-le, se diraient effrayés par ce terme - en obtenant leur adhésion à la laïcité, ce qui est strictement la même chose.
Il n'y a pas d'autre façon d'expliquer la quiétude béate, l'apathie politique exaspérante de tant des nôtres qui, rendant les armes que le Christ nous a remises, placent leur confiance dans un système destiné à les détruire. Alors que le danger crève les yeux, l'apathie de ces catholiques tièdes (et bientôt froids ?) semble tourner carrément à la résignation ; on les voit se réfugier dans un stupéfiant optimisme en acceptant, en considérant désormais comme un fait, non seulement établi, mais encore légitime, ce libéralisme agnostique, ce scepticisme bien élevé qui menace de ruiner, par ses effets pervers, la France fille aînée de l'Eglise. Bossuet disait que " Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu'ils en chérissent les causes. " A méditer…
Mikaël Petit