A Lille, des sans-papiers sont en grève de la faim depuis quarante-sept jours pour obtenir leur régularisation
Le mouvement des sans-papiers, présent à Lille depuis 1995, vit sa treizième grève de la faim. Une centaine de personnes en attente de régularisation se sont installées mercredi 25 juillet, sous des tentes plantées dans les jardins de la Bourse du travail. Certains d'entre eux en sont déjà à 47 jours de jeûne. Peu à peu rejoints par d'autres, 25 sans-papiers ont en effet démarré la grève dès le 15 juin, alors qu'ils avaient été placés au centre de rétention de Lesquin avant d'être finalement libérés. Ils estiment que les délais entre les annonces de régularisation et la remise des documents sont trop longs.
Pour Roland Fodé Diagne, leader du Comité des sans-papiers du Nord (CSP 59),
"ce n'est pas faute d'avoir prévenu les autorités préfectorales". Les accords, signés en 2004 entre les représentants des sans-papiers et ceux de l'Etat après une longue grève de la faim, étaient censés éviter toute nouvelle action de ce type. Ils prévoyaient notamment la mise en place d'une commission consultative afin de procéder à un examen mensuel des demandes de régularisation.
Si ce système a fonctionné durant trois ans, les délais de réponse de la préfecture ne sont plus supportables pour le collectif de soutien aux sans-papiers (le CSP 59 et les trois associations) qui a alerté le préfet de région, Daniel Canepa, le 5 mars.
"DISPOSITIF PLUS TRANSPARENT"
Celui-ci convient de la longueur des délais, ce qui, selon les associations, a conduit à des interpellations, voire à des arrêtés de reconduite à la frontière injustifiés. Le préfet assure que cela fait partie du passé :
"213 régularisations ont été décidées au cours du premier semestre, soit 40 % des dossiers présentés à la date du 13 juin. Depuis le 27 juillet, nous sommes à jour : tous les documents ont été adressés aux intéressés."
Le préfet a annoncé la mise en place, dès le mois de septembre, d'un
"dispositif plus transparent". Il veut notamment élargir la commission consultative à d'autres associations d'aide aux migrants. Le nouveau système permettrait surtout de mettre fin au leadership du CSP 59 dont certains membres lui paraissent trop radicaux. M. Canepa veut d'autre part créer un pôle interministériel et départemental de l'immigration avec des organismes d'Etat comme la Ddass, la police de l'air et des frontières, la direction départementale du travail et de l'emploi, etc.
Pour le CSP 59, l'urgence est de régulariser les 100 grévistes de la faim. Avec la visite annoncée de Mgr Gaillot et du professeur Jacquart, le mouvement semble s'installer dans la durée.
Philippe Allienne
Le Monde.fr : A Lille, des sans-papiers sont en grève de la faim depuis quarante-sept jours pour obtenir leur régularisation